Fiche de lecture courte : Marc BLOCH, Apologie pour l’Histoire ou Métier d’historien.

24 mars 2009

Fiche de lecture courte : Marc BLOCH, Apologie pour l’Histoire ou Métier d’historien.

Apologie pour l’Histoire ou métier d’historien de Marc Bloch (1886-1944)  part d’un constat de crise chez les historiens. C’est une œuvre individuelle écrite durant la seconde guerre mondiale (1941-1943). Cette œuvre apparaît comme le résultat des expériences et réflexions qui ont évolué au cours de sa vie. Marc Bloch a, dès 1941, adhéré à un réseau de résistance. Il est capturé en 1944 par la Gestapo et fusillé. Ainsi son ouvrage Apologie pour l’Histoire ou Métier d’historien, reste inachevé sous le titre, à l’époque, de Comment et pourquoi travaille un historien ? Cet ouvrage, forme de testament, va connaître un très grand succès. D’abord publié sous forme de brochure (Cahiers des Annales n°3) en 1949, il est ensuite, à partir de 1974, édité à plusieurs reprises sous forme de livre. L’impact de cet ouvrage sur la profession a été fort et perdure encore, même si au sein de l’école des Annales, il est pris non comme une fin, mais un point de départ en soi, à critiquer.

Cet ouvrage a, comme Marc Bloch l’expose dans son introduction, pour but de répondre à une simple question : l’Histoire à quoi ça sert ? C’est la question de la légitimité de l’Histoire et du métier d’historien qui est ici posée. Et c’est à partir de là que tout au long de cet ouvrage il se propose de nous exposer sa conception de l’Histoire, qu’il dit être « une science de l’homme dans le temps ».

Son raisonnement s’organise autour du processus concret de la démarche professionnelle de l’historien : la définition de l’objet de l’Histoire, « la chasse des données », et l’interprétation de la matière. Tout au long de l’ouvrage, Marc Bloch expose les solutions aux origines de la crise inhérente de la discipline : l’enseignement, sa conception du travail en groupe, et surtout la conception qu’il a d’une « histoire universelle ». C’est en quelque sorte un recueil du « meilleur de l’historiographie du 19e et début 20e », car malgré sa critique notamment des romantiques et des « positivistes » sa conception n’est pas totalement en rupture.

En premier lieu,  il explique le problème de ce qu’il appelle « l’idole des origines ». En effet, l’historien a souvent tendance à confondre filiation et explication : le danger est là, car ce sont les conditions qui pérennisent une idée et non principalement ses origines. Il prend l’exemple de l’évolution du christianisme: « les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leurs pères ». Le présent dans la science « des hommes dans le temps » occupe pour Marc Bloch une place majeure : ainsi, il argumente que selon lui l’érudit est en quelque sorte un antiquaire, mais en rien il ne peut prétendre au titre d’historien.

Pour Bloch, la connaissance du passé est une connaissance indirecte. Il est en effet impossible pour l’historien de les constater soi-même. Quant au fait présent, il est le reflet d’états moraux. Mais Marc Bloch et c’est une nouveauté vis-à-vis des « positivistes » dit que la parole d’autrui et donc la trace psychologique n’intervient pas dans certaines traces et que donc la connaissance indirecte ne nous vient pas que d’esprits humains différents : par là il n’évoque pas que les documents matériels, mais surtout ce qu’il appelle des « résidus d’expérience » : « des témoins non conçus pour la postérité et donc en lesquels la science a le plus confiance ».

En second lieu Bloch s’intéresse à la méthode de l’historien.

Si pour les historiens méthodiques, les documents avaient une position très importante et plus particulièrement tous les textes. Marc Bloch prend une position opposée : « ce que les textes disent a cessé d’être l’objet préféré de notre attention » et il élargit le répertoire de ces traces : « la diversité des témoignages historiques est presque infinie. Tout ce que l’homme dit ou écrit, tout ce qu’il fabrique, tout ce qu’il touche peut et doit renseigner sur lui ». « Une absence de document relève d’une négligence ou du secret : ce silence peut vouloir dire beaucoup sur un régime. » Pour Marc Bloch une enquête relève de l’aventure avec un résidu d’inopiné et de risques.

La critique a pour but de partir : « à la poursuite du mensonge et de l’erreur », l’imposture prend deux formes : le faux avec une tromperie de forme et celle de fond. Ainsi, Marc Bloch établit différents degrés de tromperies : le faux, le plagiat, le « sournois remaniement » avec des détails inventés sur un fond grossièrement véridique. Il place à la base de tout travail de critique, la comparaison des différentes sources.

Enfin, Bloch pose « les devoirs de l’historien » : l’analyse de toutes les sources trouvées et critiquées, et la réflexion sur la discipline.

Chaque historien ne peut seul tout comprendre et ainsi chacun fait des choix et analyse des domaines bien particuliers. Marc Bloch dénonce l’analyse par tiroirs : « le danger dans les disciplines au croisement de différents faits, c’est qu’une seule prétende tout voir à elle-même ». Le lien entre toutes les disciplines est l’Histoire elle-même. C’est ainsi que l’usage des disciplines auxiliaires est un outil majeur, mais à utiliser avec raison.  Marc Bloch constate que même rigoureux, « des langages d’historiens alignés côte à côte ne feront jamais le langage de l’Histoire ». « Au sein de l’Histoire mieux vaut toujours essayer de se rendre accessible et utile à tous par un vocabulaire particulier et non constamment changé ».

Dans sa réflexion sur le constant rapport entre présent et passé, Marc Bloch recommande une approche de l’Histoire « prudemment régressive », une Histoire constamment en rapport avec aujourd’hui, dans un souci de ne pas sortir de cette conception de science « des hommes dans le temps » : partir du présent pour expliquer le passé.

Enfin, comme un seul homme ne peut tout connaître, à la fois de par le processus de spécialisation et de par l’étendue de la connaissance historique, Marc Bloch prône le partage et la répartition de la tâche : « la seule Histoire véritable ne peut se faire que par l’entraide de spécialistes ».

Marc Bloch a conscience que l’une des raisons de la crise de l’Histoire vient de son enseignement, et c’est pourquoi il prône un enseignement plus approfondi de la méthode critique qui est le moyen du renouveau de l’Histoire.

Cet ouvrage reste inachevé. De plus, sa rédaction se fit sans tous les documents et les outils que peuvent requérir l’écriture d’un tel ouvrage, dans un contexte de guerre. Malgré cela, ce contexte n’apparaît que brièvement dans l’ouvrage, Marc Bloch se préservant au maximum de sa subjectivité. Selon les feuilles manuscrites qui sont parvenues à la fois à la famille de March Bloch et à son ami Lucien Febvre[1], on peut supposer que dans les derniers chapitres de son ouvrage, il aurait développé les sujets de la relation causale ainsi que celle du problème de la prévision en Histoire : l’Histoire permet-elle de prévoir le futur ?

[1] Commentaire de l’édition QUATTRO GALLIMARD de 2006

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