Le désarroi de deux jeunes rappeurs, issus d’un camp palestinien, séduit Beyrouth

Originaire du camp palestinien de Bourj el-Barajné, situé à la sortie de Beyrouth, le duo de rappeurs a pour public la jeunesse palestinienne. C’est dans un petit studio aux murs de mousse jaunie par la cigarette que Yassine et Mohammed, de leurs vrais noms, enregistrent leurs morceaux. Le matériel – table de mixage, ordinateur et microphone – a été acheté avec leurs économies. Ces dix mètres carrés leur permettent d’échapper quelques heures au camp.
A leurs débuts, en 2005, les deux jeunes rappeurs évoquaient leur quotidien. Des rues sinueuses et boueuses qui séparent les habitations souvent constituées d’une pièce ou deux. Et toujours la même image : des étages qui s’empilent comme des châteaux de cartes, des gamins débraillés qui jouent dans des rues trop étroites. Aujourd’hui, pas plus âgés que leur public, Yassine et Mohamed sont plus engagés. Ils appellent dans leurs chansons à l’unité des Palestiniens : « Arrêtez de vous diviser », lancent-ils.
Douze camps palestiniens sont installés au Liban. A Bourj el-Barajné, près de 20 000 hommes, femmes et enfants sont entassés sur un demi kilomètre carré. La pauvreté est visible, le travail rare. Les quelque 400 000 palestiniens au Liban se voient refuser l’accès à une liste de 73 emplois. Les familles de Yassine et Mohammed sont arrivés en 1948 de Saint Jean d’Acre et n’ont pas la nationalité libanaise.
Yassine et Mohamed dénoncent les activités du Hamas, mais également celles du Fatah. Sur fond de musique arabe et de tirs de kalachnikov, comme peut le faire le groupe Katibé 5 (« Unité 5 »), issu du même camp, le duo mêle ironie et tragique dans la chanson Tahiyati (« Salutations »).
Leurs textes et leur instrumentalisation ont séduit. Depuis un an, Yassine et Mohammed sont en contact avec deux maisons de production, l’une jordanienne l’autre belge : Ekaar Production et Conspiracy Production. Plusieurs titres ont été enregistrés avec Omar Offandume, un rappeur d’origine syrienne et Ragtop, d’origine palestinienne, qui vivent tout deux aux Etats-Unis ; mais aussi avec Ramallah Underground, un groupe de rap de Cisjordanie, ou encore avec Ramsès, artiste français. Ils pourraient bientôt signer un titre en commun avec DAM, le premier groupe de rap palestinien créé en Cisjordanie.
Julie Schneider.
L’AUTEUR
Julie Schneider, 24 ans, est arrivée à Beyrouth en mars 2008 après avoir été diplômée d’un Master 2 de Journalisme économique à Paris 1. Depuis elle travaille comme journaliste pigiste au Liban et collabore avec Le Commerce du Levant, un mensuel économique libanais, La Provence, La Dépêche du Midi, Médiapart…
